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On démystifie la sécheresse oculaire.

Joannie Fortin
vendredi 12 octobre 2018 17:53

Combien d’heures passez-vous devant les écrans par mois ? Par semaine ? Par jour ? Et vos enfants, eux ? Certainement assez pour ne pas être en mesure de les compter. Et c’est normal. Notre vie est rivée sur les écrans, que ce soit pour le travail, les études, les loisirs. Bref, les écrans sont partout. Et malheureusement pour nous, nos précieux yeux sont les principales victimes des écrans. La sécheresse oculaire, ça vous dit quelque chose ?


La quoi ? La sécheresse comment ? Ça mange quoi en hiver, ça ?
Pas de panique. Moi aussi j’ai eu à peu près cette réaction quand j’ai entendu parler de la sécheresse oculaire pour la première fois. C’est pourtant dommage que nous soyons une majorité à ignorer cette maladie de l’œil qui est en train de devenir un véritable fléau.
C’est donc dans une optique, pour ne pas faire de mauvais jeu de mots, d’information et de prévention que j’ai discuté de sécheresse oculaire avec le Docteur Lucie Laurin, optométriste et co-propriétaire des cliniques Eye Am Soins Oculaires de Québec et Montréal. Elle m’informe que depuis une vingtaine d’années, on note une augmentation significative de la sécheresse oculaire et il est grand temps d’en parler.


D’abord, on entend quoi par « écran » ? Docteur Laurin n’hésite pas une seconde dans saréponse : « télévision, ordinateur, tablette, téléphone ». Si vous n’utilisez aucun de ces appareils au quotidien, je vous confirme que vous faites partie de la minorité. Ce sont vos yeux qui vous en remercient !


L’utilisation des écrans fait en sorte que les gens ont une fréquence de clignement qui est réduite et une qualité de clignement qui est moins bonne. Quand nos yeux sont fixés sur un écran, on ne veut pas perdre l’information, ce qui fait que nos clignements ne sont pas complets. En fait, on cligne moins et on cligne moins bien. On balaye moins régulièrement notre surface oculaire et c’est là qu’on peut commencer à voir apparaître certains signes de sécheresse oculaire.


Les impacts
Docteur Laurin m’a brièvement expliqué ce qui se passait dans l’oeil quand on clignait. Un mouvement essentiel qui se veut pourtant bien simple ! Mais qui devient de moins en moins inné en raison de notre contact régulier avec les écrans. « Dans nos paupières, il existe des glandes qui sécrètent une huile lorsqu’on cligne. Cette huile a comme fonction de recouvrir la couche d’eau de nos larmes afin de l’empêcher de s’évaporer. À chaque clignement, on crée une couche d’huile qui va maintenir l’eau sur l’œil jusqu’au prochain clignement. Si on cligne moins et moins bien et qu’on ne stimule pas assez les glandes, l’huile qui y est contenue va s’épaissir. Avec le temps et lorsqu’il y aura un clignement complet, l’huile sera trop épaisse pour être sécrétée. À long terme, après plusieurs années, on peut parler de glandes bouchées, de glandes atrophiées et on assiste ainsi à la disparition progressive de ces glandes ».
En passant, cette dernière situation est irréversible. Et qui dit moins de glandes, dit moins d’huile. Et qui dit moins d’huile, dit moins de protection de la couche d’eau et davantage d’évaporation de celle-ci. D’où l’appellation « sécheresse oculaire ».

Et les enfants ?
Évidemment quand on parle de nos enfants, le sujet devient plus sensible. Eux aussi sont affectés par les écrans. Les enfants passent actuellement beaucoup de temps devant ceux-ci. Si l’enfant ne développe pas naturellement son réflexe de clignement depuis le début de sa vie, le problème de sécheresse oculaire va se manifester dans la jeune vingtaine au lieu de bien plus tard au cours de sa vie.


Les symptômes
Le premier symptôme observé chez les jeunes dans la vingtaine, c’est un inconfort avec leurs verres de contact. Une situation souvent ignorée puisque lorsqu’ils les enlèvent, l’inconfort disparaît. Docteur Laurin m’expliquait que les jeunes ont une surface oculaire plus robuste et résistance. C’est avec le temps que les symptômes vont se manifester de plus en plus, à mesure que le problème évoluera. Plus le problème évolue, plus on a de glandes bouchées et atrophiées, moins on est capable de revenir en arrière.
L’inconfort peut se transformer lui aussi. Docteur Laurin me rapportait que les cas extrêmes de sécheresse oculaire amènent des douleurs au yeux tellement intenses que la personne atteinte devient pratiquement non fonctionnelle dans certaines tâches du quotidien. En d’autres mots, une perte significative de la qualité de vie. Donc, plus on traite tôt dans le processus, meilleurs sont les résultats. De là l’importance de faire un diagnostic précoce et d’adopter des comportements qui vont empêcher le problème d’évoluer.


Comment savoir si on est réellement affecté ?
« 30 % de la population adulte a des signes ou des symptômes de sécheresse oculaire. Avec la progression qu’on observe, on pense que d’ici 20 ans, ce sera 50% de la population », m’annonçait Docteur Laurin en début d’entrevue. Des statistiques qui peuvent être alarmantes, je l’avoue. Mais l’optométriste de plus de 30 ans d’expérience se veut tout de même rassurante : il existe des traitements à la sécheresse oculaire. Mais avant toute chose, la première étape afin de prendre conscience de sa condition, c’est de passer un test de dépistage en clinique. Le test en question ressemble à une radiographie des paupières afin d’évaluer l’état des glandes qui sécrètent la couche d’huile. Par la suite, de nombreux types de traitements peuvent être requis, et ce, en fonction de votre condition.


Quoi faire pour l’éviter ?
Docteur Laurin est claire : le but n’est pas d’empêcher quiconque d’utiliser les écrans. Elle- même s’en sert de façon quotidienne dans le cadre de sa pratique. Elle m’a toutefois donné deux trucs à mettre en action à tous les jours. L’idée est de nous permettre d’avoir des clignements complets et ainsi préserver nos précieuses glandes et son huile.

1. Lorsqu’on travaille devant un écran, on devrait prendre des pauses à toutes les 30 minutes. Il suffit de poser son regard à plus de 5 mètres devant soi et faire 20 clignements complets en 20 secondes. « À toutes les demi-heures, si tu stimules tes glandes, tu ne les perdras pas », me dit-elle.

2.  « Autre chose très importante : aller dehors à tous les jours. Quand on est dehors, on fait des clignements complets parce que notre œil est soumis au vent et à la poussière. Notre réflexe de clignement est donc plus naturel quand on est à l’extérieur. C’est également prouvé que la lumière du jour favorise le développement normal de l’œil.».

Chose certaine, nous n’avons pas fini d’en entendre sur la sécheresse oculaire. L’objectif derrière cette entrevue avec le Docteur Lucie Laurin, optometriste, était tout simplement d’en parler. D’ouvrir les discussions pour qu’un maximum de Québécois soient au fait de cette réalité de laquelle personne n’est à l’abri.

Allez ! On cligne !